Apprendre à compter en allemand, de 1 à 100
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Apprendre à compter en allemand, de 1 à 100

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Il existe un moment très précis où l’apprenant francophone décroche en allemand : quand une caissière annonce siebenundvierzig et qu’il faut comprendre 47, pas 74. L’allemand énonce les unités avant les dizaines, littéralement « sept-et-quarante ». Le cerveau français, entraîné à lire les nombres de gauche à droite, doit inverser en temps réel. Cette gymnastique n’a rien d’insurmontable, mais elle demande un entraînement spécifique que la plupart des méthodes expédient en une page.

Compter de 1 à 100 en allemand mobilise en réalité une trentaine de mots seulement. Tout le reste est de la combinaison, avec une régularité que le français, avec ses quatre-vingt-dix-sept, ne peut pas revendiquer. Le vrai travail porte sur trois points : mémoriser les vingt premiers, apprendre les dizaines et leurs irrégularités, puis automatiser l’inversion.

De 0 à 20 : la liste à connaître par cœur

Les vingt premiers nombres constituent le seul bloc à mémoriser brutalement. Ils ne se déduisent d’aucune règle, et tout le reste s’appuie dessus.

ChiffreAllemandChiffreAllemand
0null11elf
1eins12zwölf
2zwei13dreizehn
3drei14vierzehn
4vier15fünfzehn
5fünf16sechzehn
6sechs17siebzehn
7sieben18achtzehn
8acht19neunzehn
9neun20zwanzig
10zehn

Trois observations valent d’être notées tout de suite.

De 13 à 19, le principe est limpide : le chiffre des unités, suivi de zehn. drei + zehn = dreizehn. Cette transparence rend l’allemand plus simple que le français, où treize, quatorze et quinze n’exposent plus leur construction.

Deux formes échappent à ce moule et méritent une vigilance particulière. Sechzehn perd le s de sechs : on n’écrit jamais sechszehn. Siebzehn perd le -en de sieben : on n’écrit jamais siebenzehn. Ces deux raccourcis se retrouveront à l’identique dans les dizaines.

Enfin, elf et zwölf sont des irrégularités anciennes, comme onze et douze en français. Rien à comprendre, juste à retenir.

Une main d’enfant compte sur ses doigts devant un cahier d’écolier où sont écrits les nombres allemands

Un mot sur la prononciation, souvent négligée alors qu’elle décide de la compréhension à l’oral. Le z allemand se prononce « ts » : zwei sonne « tsvaï », zehn sonne « tséne ». Le w se prononce comme un v français, ce qui donne un vrai « v » au milieu de zwei, tandis que le v de vier sonne, lui, comme un « f ». Le ei se lit « aï » et le ie se lit « i » long, ce qui différencie nettement drei et vier de tout ce qu’un œil français croit y lire. Fünf et zwölf demandent la voyelle antérieure arrondie du ü et du ö, proche du u et du eu français, mais bien plus tendue.

Les dizaines et leurs trois pièges

Les dizaines se forment avec le suffixe -zig accolé au chiffre de base. La régularité est presque parfaite, à trois exceptions près, toutes prévisibles.

NombreAllemandRemarque
10zehnforme propre
20zwanzigzwan- et non zwei-
30dreißigsuffixe -ßig, pas -zig
40vierzigrégulier
50fünfzigrégulier
60sechzigperte du s de sechs
70siebzigperte du -en de sieben
80achtzigrégulier
90neunzigrégulier
100hundertou einhundert

Dreißig est la seule dizaine écrite avec un ß. C’est une bizarrerie orthographique isolée, à laquelle il faut faire attention à l’écrit, sachant qu’elle ne change rien à la prononciation par rapport aux autres dizaines.

Zwanzig ne reprend pas zwei mais une forme ancienne. Là encore, mémorisation pure.

Sechzig et siebzig rejouent exactement le raccourci déjà vu avec sechzehn et siebzehn. Apprendre les deux séries ensemble économise beaucoup d’efforts : le même mécanisme sert deux fois.

Pour 100, hundert seul suffit dans le décompte. La forme einhundert existe et s’emploie quand on veut insister sur la quantité ou lever une ambiguïté, notamment à l’oral au téléphone.

L’inversion unités-dizaines, le vrai obstacle

Voici le cœur du sujet. Entre 21 et 99, l’allemand construit ses nombres avec le schéma suivant : unité + und + dizaine, le tout soudé en un seul mot.

  • 21 : einundzwanzig
  • 22 : zweiundzwanzig
  • 34 : vierunddreißig
  • 47 : siebenundvierzig
  • 68 : achtundsechzig
  • 99 : neunundneunzig

Trois points de vigilance accompagnent cette construction.

Le mot s’écrit d’un seul tenant, sans espace ni trait d’union. Neunundneunzig fait quatorze lettres et reste un mot unique. Cette agglutination surprend au début, elle est parfaitement normale en allemand.

L’unité 1 prend la forme ein et non eins dans les composés : on dit einundzwanzig, jamais einsundzwanzig. La forme eins ne s’emploie que quand le nombre est isolé, dans un décompte, un numéro ou un résultat.

Le nombre 7 conserve sa forme complète sieben dans les composés : siebenundzwanzig, siebenundsiebzig. La troncation en sieb- ne concerne que 17 et 70.

Comment automatiser l’inversion ? La méthode la plus efficace consiste à s’entraîner sur des nombres réels rencontrés dans la vie courante, pas sur des listes abstraites. Lire à voix haute les numéros de bus, les prix affichés, les numéros de page, les scores sportifs. Une autre technique consiste à écouter un nombre et à écrire d’abord la dizaine, en gardant l’unité en mémoire tampon : l’oreille reçoit sieben, la main attend, puis vierzig arrive et l’ensemble se pose comme 47. Ce léger décalage, gênant au début, disparaît après quelques centaines de répétitions.

Une aide inattendue : l’anglais possédait autrefois la même construction, et l’expression four and twenty survit dans des comptines anciennes. Le néerlandais et le danois fonctionnent encore ainsi aujourd’hui. L’allemand n’est donc pas une exception excentrique, mais le témoin d’un ordre germanique ancien.

Écrire les nombres : chiffres, lettres et majuscules

L’orthographe des nombres soulève deux questions récurrentes chez les francophones.

La première concerne la soudure. En allemand, un nombre s’écrit en un seul mot jusqu’au million. Achtundsiebzig, einhundertdreiundzwanzig. Aucun trait d’union, aucun espace. Cette règle explique la longueur spectaculaire de certains nombres écrits en toutes lettres.

La seconde concerne la majuscule. Les nombres cardinaux se comportent comme des adjectifs et s’écrivent en minuscule : Ich habe drei Bücher. En revanche, quand le nombre est employé comme nom, il devient féminin et prend la majuscule : die Eins, die Fünf, comme dans Er hat eine Eins bekommen pour parler d’une note scolaire. Cette bascule illustre une règle générale de la langue, que nous détaillons dans notre article sur la majuscule des noms communs.

Un panneau de quai de gare allemand affichant un horaire et un numéro de voie, avec des voyageurs en arrière-plan

Le séparateur décimal mérite un mot. L’allemand utilise la virgule pour les décimales, comme le français, mais il marque les milliers par un point là où l’usage français préfère une espace : 1.250,75 se lit tausendzweihundertfünfzig Komma sieben fünf. Le mot Komma se prononce tel quel dans la lecture d’un nombre décimal.

Les nombres ordinaux, en deux règles

Passer de « trois » à « troisième » suit un schéma court, utile dès qu’on parle de dates ou de classement.

De 1 à 19, on ajoute -te au nombre : viert-e, fünft-e, zehnt-e, neunzehnt-e.

À partir de 20, on ajoute -ste : zwanzigst-e, dreißigst-e, hundertst-e.

Trois formes sont irrégulières et doivent être apprises à part : erste pour premier, dritte pour troisième, siebte pour septième. On note aussi achte avec un seul t, puisque acht se termine déjà par un t.

Les ordinaux se déclinent comme des adjectifs, ce qui explique les terminaisons variables selon le contexte. Pour les dates, la formule courante est am ersten Mai ou am dritten Oktober. À l’écrit, l’allemand abrège l’ordinal par un point après le chiffre : 1. Mai, 3. Oktober. Ce point tient exactement la place de notre exposant er ou e.

Où les nombres servent vraiment

Compter pour compter n’ancre rien. Les nombres se fixent quand ils sont attachés à des situations concrètes, et quatre contextes couvrent l’essentiel de leur usage quotidien.

L’âge vient en premier dans presque toutes les conversations initiales. La formule Ich bin achtundzwanzig Jahre alt est un passage obligé, et elle s’apprend naturellement avec le reste des phrases qui servent à se présenter en allemand.

Les prix se lisent d’une manière particulière : 2,50 € se dit zwei Euro fünfzig, sans répéter le mot pour les centimes. La forme complète zwei Euro fünfzig Cent existe mais reste rare à l’oral.

L’heure possède un piège célèbre. Halb zehn ne signifie pas dix heures et demie mais neuf heures et demie : l’allemand compte la demi-heure qui mène vers dix, pas celle qui suit neuf. Viertel nach acht correspond à huit heures et quart, Viertel vor acht à huit heures moins le quart.

Les numéros de téléphone se lisent chiffre par chiffre, jamais par paires comme en français. On entend souvent zwo à la place de zwei dans ce contexte, ainsi que dans les annonces ferroviaires : la forme ancienne zwo évite toute confusion auditive avec drei.

Les années suivent une logique propre. Jusqu’en 1999, on lit par centaines : 1985 se dit neunzehnhundertfünfundachtzig. À partir de 2000, on lit le nombre entier : 2026 se dit zweitausendsechsundzwanzig. Un détail utile : contrairement à l’anglais, l’allemand n’ajoute pas de préposition devant une année seule. On dit Er ist 1985 geboren, ou bien im Jahr 1985, mais jamais une préposition simple accolée au chiffre.

Un dernier conseil de méthode : consacrer cinq minutes par jour à compter à voix haute de 1 à 100, puis de 100 à 1, produit des résultats bien supérieurs à une heure de révision hebdomadaire. Le décompte à l’envers oblige à calculer au lieu de réciter, et c’est précisément là que l’inversion unités-dizaines devient un réflexe plutôt qu’un obstacle. Terminer la séance en saluant à voix haute, avec les formules de bonjour et d’au revoir, transforme l’exercice mécanique en amorce de vraie conversation.